Pascale Guillaumin
Besoin d'écrire désir de (se) dire



































Henri Cartier Besson écrivait : « la photographie est, pour moi, l’impulsion spontanée d’une attention visuelle perpétuelle, qui saisit l’instant et son éternité. Le dessin, lui, par sa graphologie, élabore ce que notre conscience a saisi de cet instant. La photo est une action immédiate, le dessin une méditation. » (In: Cartier-Bresson, l'oeil du siècle" de Pierre Assouline, Plon 1999)

Si j’osais, je changerais bien le mot « dessin » en mot « écriture » pour tenter de vous expliquer ce que représentent pour moi l’écriture et la photographie tant j'apprécie cette notion d'action imméditate et de méditation. Il me faut bien admettre que si pour moi "photographie" et "écriture" sont complémentaires, elles le sont aussi pour une autre raison...

Ainsi si j'admire des photographes comme Doisneau, Cartier Bresson, Depardon et Boubat, pour ne citer que mes préférés, je me sens personnellement incapable de "saisir" les hommes et les femmes qui m'entourent. Aussi émouvants soient-ils. Un exemple à travers cette petite note écrite un soir :

Regards de vie

J’aurais pu ; je ne l’ai pas fait. Mon boîtier d’appareil photo était là dans ma main, prêt à être utilisé. Mais impossible. Je ne peux me résoudre à mettre les gens en boite, leur vie en cadre. A enfermer.
Un seul geste aurait suffi, sans que j’aie besoin de faire un pas de plus. Ni en avant. Ni en arrière. Tout était parfait : les parterres de fleurs colorés, la lumière favorable, le sujet inespéré. Je n’espérais rien. J’ai simplement regardé. Les yeux ouverts, le cœur aux aguets.
Au bord du trottoir une jeune femme inclinée vers un enfant porté dans ses bras et tenant par la main un petit garçon d’environ trois ans, attendait pour traverser.
Le nourrisson fixait une des mèches de cheveux qui se balançaient au-dessus de lui. La mère ou supposée telle contemplait l’expression intriguée de ce même bébé. Quant au « grand », c’est avec une concentration émouvante, qu’il guettait le changement de couleur du petit bonhomme du feu tricolore. Quel halo d’amour et de vie autour de ces trois regards-là !
Vêtus de leurs habits de tous les jours, vivant un de ces instants que l’on n’a pas conscience de vivre et qui pourtant constituent la trame la plus serrée de notre vie, ces trois êtres étaient, à ne pas en douter, plus vrais et plus entiers qu’ils ne le seront sur des photos privées de spontanéité. "

Si je devais résumer, je vous dirais : "La photographie pour capter ce qui me touche dans la nature et dans la rue, l'écriture pour traduire ce qui me touche dans l'humain et les relations humaines"

Pascale Guillaumin